Partager l'article ! Même joueur joue une seconde fois: Tout ça, c'est de la faute à mon père. C'est lui qui m'a cons ...
Tout ça, c'est de la faute à mon père. C'est lui qui m'a conseillé de passer le concours. Me voyant galérer un peu pour me faire embaucher à l'issue de stages ou de courtes missions d'intérim, il me dit un bon matin : et pourquoi tu ne passerais pas le concours de gardien de la paix ?
TILT ! A l'époque, il ne fallait que le BEPC, seul diplôme que j'avais. S'en est suivi le parcours habituel, avec ses épreuves espacées dans le temps, l'attente entre chaque résultat et enfin l'enveloppe finale, dont le contenu vous indique de recommencer ou met l'ANPE au rang des mauvais souvenirs.
C'est à la taverne de la bière, dans la banlieue de Bordeaux que se déroulaient les épreuves écrites. Un clin d'oeil, en quelque sorte. C'est ainsi que les futurs élèves gardiens de la paix grattèrent le papier en ce lieu fleurant bon le houblon, sans même avoir le droit de tremper leurs lèvres dans ce divin breuvage. Pour ceux qui réussirent, ils allaient avoir l'occasion de rattraper ce retard et plutôt deux fois qu'une.
Dans l'attente des résultats, il fallait bien gagner sa croûte. Bien que vivant chez mes parents, je comptais toujours me payer mes jeux vidéo et autres loisirs qui servaient de bouche-trou à mon ennui quotidien. Vivre dans un petit village planté au milieu des vignes n'a d'intérêt que pour les amateurs de bon vin. Pour un ptit gars rêvant d'aventures et surtout de s'enfuir à tire d'ailes ce n'est pas la panacée.
Je finis par trouver un Contrat Emploi Solidarité à l'Institut d'Etudes Politiques de Talence. Je n'avais que mon Brevet des Collèges... Ca en jetait pas mal. Tu bosses où ? A Sciences Pô. Je laissais en général un temps de latence, histoire de savourer la tronche de mon interlocuteur avant de préciser que je faisais des photocopies pour les profs et les étudiants. Je m'entendais plutôt bien avec ces deniers, dont le bureau des élèves était situé juste en face de la reprographie. Je leur achetais des tee-shirts et matait en coin les jolies jupettes virevoltant dans les courants d'air des interminables couloirs de l'établissement...
Ma chef de service de l'époque, Mme B., était une adepte du décolleté plongeant et j'allais au boulot en courant, regrettant toutefois que cela ne dure que vingt heures par semaines, merci Rocard. Cette jolie femme à la quarantaine bien tassée ne semblait pas connaître le fameux dicton préconisant de ne se découvrir d'un fil en avril. Aucun rapport je vous l'accorde mais c'est pour la transition, puisque c'est en avril 1993 que j'appris que j'étais désormais élève gardien de la paix, finissant 125ème sur 818.
Départ prévu en octobre 1994 pour un concours débuté en 1992. En clair, si vous vous reposez sur vos lauriers, vous vivez sous un pont pendant deux ans et devenez flic. Direction Marseille et puis Paris, 12 ans d'arrêt. Au hasard d'une rencontre j'ai demandé une mutation m'amenant dans une région où je n'avais mis les pieds qu'une fois et où il ne faut se découvrir d'un fil de janvier à décembre...
Et me voilà en Compagnie Républicaine de Sécurité. Je me souviens de l'oral, au concours. J'avais dit que ma maman ne voulait pas que je sois CRS, ne connaissant de ce métier que les images brutes que l'on veut bien nous montrer. Déjà elle avait tiqué quand elle a su que j'allais devenir policier. C'est armé un flic. Ca s'inquiète, une maman. J'avais dit lors de cet entretien que par respect pour elle je ne choisirais pas CRS. L'un des membres du jury m'a alors posé cette question : que ferez-vous s'il ne reste que des places en CRS ? Bah je choisirais CRS ! Ils ont souri, moi aussi, et je suis parti.
La vie est faite de choix. De tournants. Elle nous convient, ou pas. On s'enferre parfois dans des situations inextricables, semblant sans issue. Nous ne regardons pas toujours plus loin que le bout de notre nez. Nous plaisons à admirer la rotation de la planète autour de notre nombril. Souvent à se plaindre. A envier les autres. A trouver que le monde qui nous entoure est pourri, que ça serait mieux si... A nous mettre en colère contre les injustices qu'on nous jette à la figure au journal de vingt heures. En clair nous râlons souvent mais ne faisons pas grand chose pour que cela s'arrange, et je m'inclus bien sûr dans le lot.
L'essentiel est d'être heureux. D'avoir la paix. Celle du coeur, de l'esprit. Le travail occupe une bonne partie de notre existence, l'influençant grandement. Quand il ne nous plaît plus, qu'est-ce qui nous empêche de le quitter ? Un crédit ? Une femme et des enfants à nourrir ? Une pension à payer ? La peur de ne pas trouver un autre emploi ? Un caleçon trop étroit ?
La vie est courte. Il ne faut pas attendre trop longtemps, au risque de la finir parsemée de regrets. Un tilt peut en cacher un autre. Le même joueur joue et rejoue jusqu'à l'affichage du game over final. Reste à savoir si vous aurez découvert tous les secrets du jeu ou si vous aurez perdu au bout de quelques niveaux...
Je ne vais pas attendre trop longtemps, plus longtemps. Il me reste quelques crédits ça tombe bien. Et comme je connais le début du jeu je saurai éviter les pièges, sans être à l'abri d'un faux pas ou d'une faute d'inattention mais que voulez-vous, quand on joue il faut savoir perdre de temps à autre.
Un blogueur me disait que cela faisait classe de terminer ses articles par une citation. Voyons voir : « La vie est comme un grand livre : si on oublie les pages qu'on tourne, on arrive à la fin sans rien avoir compris ! » Nicolas Chambrier.
Allez hop ! Insert coins...
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