Vendredi 15 octobre 2010 5 15 /10 /Oct /2010 04:15

 


LA POLICE FRAPPE UN JOURNALISTE D'INVESTIGATION DE CANAL+

 

 

Je suis allé à la manif des retraites. Parce que vous comprenez, j'ai 40 ans bientôt. Et je bosse depuis l'âge de 16 ans. Rien de bien folichon... Arpète dans une imprimerie pendant 2 ans, sous les drapeaux pendant 20 mois (se sont trompés ces abrutis, m'ont appelé deux fois). Des missions d'intérim de ci de là, des stages non rémunérés comme chauffeur-livreur de tout et de rien, un Contrat Emploi Solidarité dans un Institut d'Etudes Politiques où j'ai croisé le Dalaï-lama (on s'en fout c'est juste pour m'la péter) et enfin la Police Nationale, à 23 ans.

 

Ils veulent nous faire bosser jusqu'à plus soif. Je m'imagine à 61 ans, rentrant le soir, après un déplacement de trois semaines dans le 93, poser mon barda dans l'entrée, manger ma purée de brocolis, ma compote de pommes, faire mes mots croisés, regarder les beaux yeux cernés d'Harry Roselmack, attendre impatiemment Louis la brocante version remastérisée pour finir par enfiler mon pyjama rayé, déposer mon dentier sur la table de chevet sur lequel trônerait Omerta dans l'Assemblée Nationale, le témoignage poignant d'une ancienne ADS, virée de la police mais devenue députée avec mention très bien, personnage haut en couleurs du PAF et aux portes de l'Académie Française.

 

Ah les bougres de ministres, les sacripans du gouvernement ! Eux pour qui je me serai si souvent levé à pas d'heure pour surveiller l'itinéraire de leur caravane rugissante, passant devant moi à toute ber-zingue pour ne pas rater un avion qui ne partirait de toute façon jamais sans eux. Ne s'arrêtant jamais, pas même aux feux rouges, se servant de nous comme de vulgaires cônes de lubeck. Ces vieux-là travaillent si longtemps qu'ils veulent que tout le monde les imite.

 

Alors oui, je suis allé manifester. Au début, j'ai cru qu'il s'agissait des journées mondiales de la jeunesse, mais n'ayant point vu de Pape à l'horizon, j'ai du bien vite me rendre à l'évidence. Les lycéens sont dans la rue et gueulent comme des putois, d'une voix n'ayant pas encore mué, de laisser leur retraite tranquille une fois qu'ils auront trouvé du boulot. Leurs parents les attendent dans la voiture. Des lycéens dans la rue qui protestent contre la réforme des retraites, c'est un peu comme des spermatozoïdes dans une capote manifestant contre les moyens contraceptifs... C'est pas bien malin cette dernière réflexion, je vous l'accorde, en plus c'est du réchauffé, pour certains contacts fb...


Et puis, dans la soirée, il a commencé à pleuvoir. Des bouteilles, des pierres. Des banderoles et des pneus se sont mis à brûler spontanément et puis les CRS se sont ramenés. Sont jamais les derniers ces cons là, dès qu'il y a du bordel. Et ils se sont avancés vers nous. Les boucliers rivés à leurs bras gonflés par les anabolisants et la matraque prête à s'exprimer à bâton rompu.

 

Alors qu'ils n'étaient plus qu'à quelques mètres et que les flashes crépitaient sous l'œil bienveillant des caméras, à la manière d'un arbitre de Ligue 1 brandissant un carton rouge à l'encontre d'un joueur dont le tacle assassin a détruit la jambe d'un de ses adversaires, j'ai dégainé ma carte de flic. Suis de la maison les gars ! Arrêtez ! Rejoignez-nous ! Rejoignez-moi ! Il faut se battre bandes de minables, vous n'allez pas vous laisser faire tout le temps quand même ? Qu'est-ce que vous faites ? Mais regardez ! Je suis pas comme les autres ! Je suis de la poli...

 

Je sors de l'hôpital demain...



 [Dédicacé à tous les journalistes tombés un jour de manif sous les coups de tonfa de la République...]



Par Sam - Publié dans : Paroles de flic
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Jeudi 14 octobre 2010 4 14 /10 /Oct /2010 11:54

IMG00643-20100824-2105.jpg

 

 

 

En sécu quelque part, dans le 95. Je gare le boxer sur un parking plein, derrière une rangée de voitures. En face, un groupe de trois jeunes originaires de pas d'ici s'agitent en nous apercevant. Sortent leurs portables, parlent un bref instant dedans et se dispersent en regardant par dessus leurs épaules.

 

Un de mes collègues va retirer de l'argent, je le surveille du coin de l'oeil, comme tout l'environnement immédiat, qui le suit du regard et que notre arrivée semble avoir sorti de sa torpeur et de sa routine quotidienne.

 

Je descends du véhicule et me dirige vers la pharmacie, arrangeant ma tenue pour paraître le plus impeccable possible puisque tout le monde me regarde.

 

- Bonjour messieurs dames.

 

Je patiente le temps que le client devant moi s'en aille, je regarde les médicaments rangés, machinalement, comme un client lambda que je ne suis pas.

 

- Bonjour, je voudrais une boîte d'Efferalgans effervescents 1g s'il vous plaît, non, mettez m'en deux.

- La police a mal à la tête ?

- La police est malade monsieur, vous lisez jamais les journaux ?

 

Je paye et ressors. Remonte dans le véhicule. Vérifie que tout le monde est là. Un type klaxonne, on l'empêche de sortir de sa place de parking. Je tourne la clé dans le contact, le fourgon ne démarre pas. Je recommence. Rien. J'ai mal à la tête...

Par Sam - Publié dans : Paroles de flic
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 13 octobre 2010 3 13 /10 /Oct /2010 23:32

 

 

 

 

Salut à toi l'internaute, qui lit ces lignes, depuis le premier article. Toi qui, à demi-caché derrière un pseudo et une adresse IP, vient épier le résultat de centaines de clapotis digitaux sur mon clavier grisé par la cendre et souillé par le café trop sucré que je m'envoie quand la souris me démange.

 

Salut à toi, fidèle abonné de newsletter, adepte de fil RSS, averti à la micro-seconde de la parution d'une nouvelle élucubration de ma part. Toi qui donne un avis à chaud sur le moindre de mes écrits, décortique, corrige, approuve ou gerbe sur ton écran le trop plein de ce que tu ingurgites à longueur de journée.

 

Salut à toi mon pote, qui lit sans vergogne les mots entassés venant du tréfonds de mon âme, du puits sans fond de mes pensées, obscures ou lumineuses venant éclairer ou noircir ton ennui quotidien.

 

Salut à toi le vagabond, SDF de l'internet venant habiter mes pages au gré de tes pérégrinations sur la toile, via Google ou un lien Facebook que l'un de tes 800 amis aura placardé sur son mur et sur lequel tu auras machinalement clické.

 

Salut à toi, belle et sournoise Edwige, salut à toi collègue des RG, qui guettent le moindre faux pas déontologique de ma part, connaissant mon nom et mon adresse, la marque de mes sous-vêtements, mes habitudes alimentaires ainsi que la couleur des yeux de la dernière femme ayant partagé mon lit.

 

Salut à toi, commentateur de la dernière heure, observateur silencieux à l'affut du moindre faux témoignage, redresseur de torts à tes heures perdues, châtiant ma plume de la tienne, provocant mon avis en duel dans la rue principale de ma boîte email et dégainant tes phrases bien-pensantes plus vite que ton ombre. M'envoyant entre les deux yeux les points d'exclamation comme autant de balles que compte le six-coups assassin de tes verbiages pompeux et inutiles.

 

Salut à toi, blogueur de tous horizons, inlassable VRP du réseau, avide de références et communautaire de cœur. M'invitant à visiter ton âme tout comme tu t'es permis de visiter la mienne, sans même me demander la permission ni prendre la peine de tout lire jusqu'au bout. Comme si la lecture d'un seul mot émanant de mon cœur te donnait le droit de m'obliger à faire de même.

 

Salut à toi l'invité surprise, le pique-assiette, qui pousse la porte de ma maison, se servant dans le frigo et s'en allant une fois qu'il n'y a plus rien à boire ni à manger.

 

Salut à vous mes amis qui ne jugent rien, pas même la faute inexcusable d'oser étaler sur les écrans de la terre entière ces moments de vie partagés, précieux instants que vous croyiez intimes mais exposés sans pudeur à la face du monde.

 

Salut à vous tous, qui êtes ici chez vous. Qui avez les clés de l'endroit. Je ne suis que locataire de mes propres pages, que vous décidez de visiter et que vous fuyez peut-être si j'ai le malheur de ne pas remplir ne serait-ce que la moitié d'un rectangle de dimension 800 x 600.

 

Je refais la déco, cherche des idées neuves, casse des murs et agrandit les pièces pour que tous aient leur place dans mon modeste appartement aux murs pixelisés et aux façades déroulantes.

 

Ce logis informatique où je ne suis plus chez moi, mais où vous venez quand ça vous chante, que je vous y invite ou non. Pour fouiller dans mes tiroirs et ouvrir les portes de mes armoires, vous allonger sur mon canapé et fumer mes cigares.

 

Puissiez vous trouver le trésor que je cache dans ces pages, et dont personne jusqu'ici n'a soupçonné l'existence, à part peut-être ceux qui m'ont aimé. Ils ne viennent plus ceux-là, ils connaissent déjà l'endroit pour l'avoir cambriolé une fois et profité du fruit de leur larcin en toute impunité... Puissent-ils ne jamais revenir ces bandits, ces marauds, ces profiteurs de confiance et ces menteurs d'amour. Je les défie de trouver la combinaison du nouveau coffre que je me suis acheté, sur qui le plus habile des voleurs se cassera inexorablement les dents et s'écorchera les doigts.

 

Et si un jour le lien s'écroule, si l'erreur 404 s'affiche sur l'écran de votre curiosité ou de votre intérêt pour ce lieu, c'est que le presque propriétaire du domaine s'est enfui. En emportant le souvenir des traces de vos pas, que vous avez laissé sur les statistiques secrètes répertoriées dans le journal de bord de votre favori, comme sur le registre d'un hôtel sur lequel sont gravés votre nom et la date de votre venue...

 

Ce sera provisoire, ou définitif. Simplement parce qu'il y a un temps pour tout. Pour écrire. Pour lire. Pour dire. Pour dénoncer. Pour partager. Pour se mettre en colère. Pour se calmer. Pour aimer. Pour détester. Pour vivre. Pour mourir.

 

Il me reste du café... je vous en sers un ? Ou vous êtes déjà en train de commenter ?

Par Sam - Publié dans : Billets d'humeur
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 10 octobre 2010 7 10 /10 /Oct /2010 14:43

 

 

Vous avez remarqué ? Il y a de plus en plus de flics qui se foutent en l'air. Il n'y a pas si longtemps, c'est un Gardien de la Paix de la Police Judiciaire, des Stups, qui s'est tiré une balle dans les toilettes du 36. Ca ressemble à un clin d'œil que de se flinguer dans les chiottes. L'endroit idéal pour évacuer la merde qui nous colle souvent aux rangers en faisant ce boulot et dont la semelle empeste à des kilomètres.

 

Nous, moi, CRS, sommes épargnés par certaines images, de par notre emploi. Cela arrive de façon fortuite de voir des horreurs mais c'est relativement rare. Pour nos ptits gars et filles, motards de l'autoroutière c'est plus fréquent, tout comme pour nos collègues MNS durant leurs saisons en plage. Sans oublier bien sûr les montagnards, pour qui c'est souvent le cas mais dont la vocation première est de sauver des gens, mais parfois il n'y a plus rien à faire, si ce n'est emporter un corps mutilé, ne ressemblant plus à grand chose d'humain quand il a dévissé et atterri brutalement sur la planète pour voir si elle était plus belle vue d'en haut. 

 

Notre boulot est ainsi fait. Pour les flics qui liront cet article, je ne leur apprend rien. Il ne nous épargne pas. Nous prenons parfois en pleine gueule et gérons tant bien que mal des choses auxquelles nous ne sommes pas préparés. Et nous rentrons avec à la maison ou au cantonnement. Nous nous endormons avec de sympathiques images de suicidés ferroviaires, d'accidentés de la route, d'overdosés, d'enfants aux mains de monstres ignobles les mutilant à vie en leur prodiguant pourtant des caresses ou autres ignominies auxquelles je préfère ne pas penser. Nous sommes témoins d'instantanés de vie où la misère est si envahissante et si accaparante qu'elle est presque devenue une amie tellement on la croise quotidiennement. Certains cauchemars nous réveillent en pleine nuit, comme pour nous rappeler qu'un flic est toujours en service, même quand il dort...

 

Avec les nombreux suicides à France Telecom, dont les employés ont décidé en nombre de se mettre aux abonnés absents ou sur liste rouge, appelez ça comme vous voulez, le public s'est aperçu que, comme la clope ou l'alcool, bosser tue, à la seule différence c'est que ce n'est pas marqué dans un encadré noir sur fond blanc quand vous signez votre contrat de travail. Certains le savaient déjà. Et les fonctionnaires n'ont pas le monopole du suicide d'ailleurs. Beaucoup en arrivent là à cause de leur travail à la paye minable, les rongeant de l'intérieur et leur faisant détester la vie, leur vie de merde, qu'ils détestent au point de préférer y mettre un terme. D'autres ont tellement de fric que ça ne leur serait jamais venu à l'idée tandis que beaucoup s'en foutent, c'est juste une information supplémentaire s'insérant entre deux faits divers sordides dont les médias sont friands. Et encore, l'argent n'a jamais empêché quoi que ce soit, bien au contraire. Il suffit de s'apercevoir combien de people pleins aux as ont choisi cette solution. Pour des policiers, dont l'un des outils de travail peut servir à supprimer une vie, ils ont à disposition un moyen de rayer la leur de la carte du monde. C'est un peu plus facile, mais tous ne se flinguent pas. Je ne vais pas entrer dans les détails j'ai pas envie.

 

Ce qui est juste à remarquer, à souligner au stabylo comme quand on fait des statistiques, c'est que lorsqu'un Gardien de la Paix, un Lieutenant de police ou Capitaine, bref, quel que soit le grade ou la fonction, c'est l'endroit où cela se passe. C'est presque toujours sur le lieu de travail. Et quand on lit après dans les journaux que ce sont des problèmes d'ordre privé qui en sont la cause, on se dit qu'on se fout bien de notre gueule et qu'on nous prend pour des cons.

 

Parce que c'est bien beau tout ça. Mais quand votre vie privée est tributaire de votre vie professionnelle, alors c'est bien le boulot qui est responsable. En tant que CRS, je suis souvent en déplacement. Le maximum est d'un mois (deux tous les cinq ans pour les renforts saisonniers). En règle générale, nous partons assez souvent trois semaines par ci ou quinze jours par là. Pour nos potes MNS, comptez deux mois d'absence pour surveiller les plages en été. Il y a des missions plus ou moins longues aussi, pour les motards, qui circulent par tous les temps, je dis ça en passant. Des permanences et des missions de sauvetage ou d'entraînement qui durent plusieurs jours pour les CRS de Haute-Montagne. Longue vie à la CRS Alpes ! (petit clin d'oeil à un copain). Pardon pour les services que je ne cite pas, parce que je suis flic mais je ne connais pas le fonctionnement des nombreux services que compte cette profession.

 

De ce fait, les couples, les familles en pâtissent. L'éloignement et l'absence ne sont jamais bons pour leur bon équilibre, c'est une évidence. Demandez à une femme de flic ce qu'elle en pense vous m'en direz des nouvelles. Demandez à un CRS souvent loin de chez lui ce qu'il pense de la naissance de son petit dernier qu'il a raté parce qu'il n'est pas arrivé à temps, et ce malgré que son Commandant de compagnie, dans un élan de générosité étonnante de la part d'un officier (je déconne, bisous mes ptits Lieutenants et Capitaines ou Commandants, n'oubliez pas de signer mes congés hein ? Je vous aime !) lui avait donné la permission de partir pour assister à l'événement. Mais il était trop loin, et le ptit bout de chou n'a pas attendu son papa pour dire bonjour à la vie. J'arrête, ça fait trop mauvais scénario de série policière à la con... Je parle des CRS mais vous pouvez changer des mots si vous voulez. Collègues, vous pouvez modifier ce qui vous désirez pour que ça vous corresponde le mieux. Pardon pour ceux qui ne sont pas dans la grande maison, avec toutes ses pièces pour cacher son désespoir. Ne vous sentez pas exclus, on ne vous oublie pas.

 

Voyez plutôt : Evidemment, il n'y a pas que les flics qui ont des contraintes de cet ordre. Bon nombre de professions sont d'une pénibilité extrême. Je ne vais pas toutes les énumérer, cela va du commercial qui passe son temps dans sa voiture et en réunion, au militaire qui part à l'étranger pour défendre les intérêts de son pays. Au professeur d'école, de collège ou lycée qui se fait muter à Perpète les oies et qui attend des années avant de postuler dans un établissement de sa région. La liste est longue, de ces métiers qui bouffent le quotidien et l'influencent énormément. Certes, tous l'ont choisi, et ont fait ce qu'il fallait pour en arriver là, en s'imposant des sacrifices au détriment de plaisirs simples, comme ceux d'avoir une vie pépère et équilibrée. Et encore, quelqu'un qui bosse huit heures par jours et rentrant à la maison tous les soirs n'est pas à l'abri du coup de blues, loin de là ! Rien ne les empêche de démissionner, ou, pour nous flics, gendarmes, bidasses, employés de France Télécom, profs, infirmières (ha tiens ! Encore une profession à la con, je l'avais oubliée celle-là) et j'en passe, de demander une mutation, c'est un des avantages de ces boulots là.

 

Mais merde quoi ! La boîte fait quoi pour ceux qui s'en vont de cette façon ? Ceux dont le sang et la cervelle viennent crépir le mur d'un commissariat ou celui d'un appartement, l'intérieur cuir d'une voiture, tous ces endroits où l'on retrouve nos collègues qui ont signé leur sortie de ce monde par la petite porte ? Parce que la douleur qui était la leur était trop lourde à porter et qu'une balle de 9 mm l'a guérie de façon radicale, sans possible retour, un peu comme un Efferalgan soulage d'un putain de mal de tête. Si la douleur persiste il faudra songer à aller voir un médecin. Un psy pour celui de vivre. Pour certains ce médecin s'appelle M. Sig Sauer. Je me suis toujours demandé si le pétard d'un flic qui s'est déboité était réaffecté à un autre fonctionnaire ? Ou s'il est mis dans un récipient aseptisé comme pour une seringue usagée dont on ne doit se servir qu'une fois par mesure d'hygiène et de sécurité.

 

Lors du match PSG – Nice sur lequel nous avons bossé il n'y a pas longtemps, nous avons croisé notre ministre, Brice (il est supporter de Nice, Brice ?). Il est venu serrer les paluches gantées ou pas de certains d'entre nous et a même caressé un cheval gendarme qui en a frémi de la croupe, c'est impressionnant un ministre qui se déplace, même pour un canasson. Avec toute sa clique de gradés aux feuilles de chêne, de types encostardés et de caméras de télévision. J'étais chauffeur. Assis au volant de mon boxer. Il est passé tout près de moi. Je n'ai pas eu le courage d'aller le voir pour lui demander s'il dormait bien la nuit et s'il comptait faire quelque chose plutôt que de se pavaner et parler d'abrutis habillés comme des cons, avec écharpes et maillot de foot se tapant sur la gueule à la moindre occasion, pourrissant ainsi la tranquilité de ces supporters qui viennent là uniquement pour passer un bon moment et encourager leur équipe parce qu'ils aiment le football ou tout simplement se retrouver dans l'ambiance magique d'un stade en ébullition. Je n'ai pas eu les cojones assez grosses pour descendre de mon véhicule pour lui demander si c'était normal qu'un flic qui se supprime, en service ou non, n'ait pas droit aux honneurs qu'il mérite, tout comme un ou une collègue qui tombe sous les balles d'un braqueur de casino ou de fourgon blindé. 

 

Il paraît qu'il existe une cellule psychologique sensée nous aider. Vous en avez déjà entendu parler vous ? Il faut avoir internet ou demander à un délégué syndical pour savoir comment elle s'appelle, parce que j'ai beau chercher sur les murs des salles de repos des commissariats que je visite quand je suis en déplacement, je n'ai pas vu d'affiches m'informant qu'elle existe. Vous allez me dire, tu n'as qu'à aller voir l'assistante sociale. C'est ça, j'y penserai...

 

Je n'ai pas eu le courage, je disais, d'aller voir mon ministre. Certains en ont eu beaucoup, pour en arriver à ce geste ultime qui a plongé leurs proches dans une tristesse éternelle. Pour nous, flics, c'est un collègue, un copain, un ami, une connaissance, un frère, un mari, qui est tombé. On ne l'a pas aidé à marcher, c'est pour cette raison qu'il est là où il est maintenant. Entre quatre planches. Inutile de préciser qu'on peut mettre tout ça au féminin évidemment, pour les plus bouchés, ceux qui ne comprennent rien. Les femmes se suicident aussi, et subissent d'énormes pressions de la part de certains petits chefs minables, machos et misogynes comme c'est pas possible.

 

Ce n'est pas difficile à comprendre qu'un type qui se suicide sur son lieu de travail signale et marque d'une croix l'endroit à l'origine de tous ses maux de tête. J'ai bien envie d'aller mettre une affiche, dans les commodités du 36, quai des Orfèvres. Non ! Je vais plutôt la mettre sur la porte d'entrée juste en dessous du petit écriteau des toilettes. On ne pourra pas la rater, ça sera écrit en gros, en gras, format A3, caractères rouges sang, sur fond noir, pour des raisons évidentes. 

 

J'y mettrai ceci : « Ci-git notre collègue Gardien de la PAIX, 29 ans, marié, sans enfant, affecté à la Brigade des Stups, parti en ce jour du 4 octobre 2010. Il ne l'avait pas, cette paix qu'il est sensé apporter de par son métier. La paix du cœur. Celle qui nous fait aimer la vie, même si elle nous en fait baver cette foutue existence. Nous envoie chaque jour à la gueule toute la merde d'un monde où c'est chacun pour soi. On a compris ton message. On ne pourra malheureusement pas empêcher ceux qui feront la même chose, plus tard, le plus tard possible. Mais promis, on sera plus vigilants. Quand un des nôtres arrivera le matin avec des valises chargées sous les yeux. En traînant des pieds. Ou alors parce qu'on se sera engueulé avec lui et que ce n'est pas dans son habitude, d'être comme ça, de s'énerver tout le temps, de se pourrir avec tout le monde, lui qui était si gentil. On guettera le moindre changement de comportement chez ceux qui partagent notre vie de flic, que nous aimons tant mais qui nous tue parfois, à petit feu.

 

On épiera le moindre détail suspect. Même chez ceux qui sont toujours souriants et gentils, marrants et tout et tout. Comme s'ils cachaient quelque chose derrière cette joie de vivre. Parce que nous, flics, avons un avantage. Nous sommes méfiants, suspicieux et tordus. Nous cherchons toujours la petite bête, même là où tout est clean, comme dans les toilettes dans lesquelles vous vous apprêtez à rentrer. N'oubliez pas de tirer la chasse et de laisser l'endroit aussi propre que vous l'avez trouvé en arrivant. Merci. »

 

Je suis entré dans la Police le 4 octobre 1994. Je ne vais pas l'oublier ce collègue-là, qui s'est suicidé à la date anniversaire de mon entrée dans la vraie vie, celle que je comprends mieux grâce à mon boulot. Celle qui m'a appris tellement de choses, qui m'a montré combien les gens pouvaient être admirables tout comme ils pouvaient être détestables, méprisables. Cette vie est la mienne. Je l'ai choisie. Ce métier je l'aime, vous pouvez pas savoir à quel point. Mais il me fatigue, jour après jour. Je m'accroche, je vous assure, je trébuche, je doute, je regarde en arrière, je ferme les yeux, je pleure, je m'énerve, je rage et peste contre la terre entière. Contre le jour où j'ai décidé de passer ce concours à la con.

 

Voilà... C'est malin... J'étale mes états d'âme à qui veut bien les lire. A ceux que je ne connais pas et qui comprendront on non ce que je dis en tombant par hasard sur cet article, au hasard d'un click gauche de souris. Ceux qui me jugeront. Qui penseront que je dis n'importe quoi. Je m'en tape. Je m'en contrefous de votre avis, gardez-le. Ce que vous direz ne changera rien pour moi, ne changera rien dans ma vie, dans ma façon de penser. Et ça ne me tuera pas non plus, je suis indestructible, parce que j'ai un cœur qui bat, fort, bien plus fort que ceux qui pensent que les flics sont tous des alcoolos, des racistes, des homophobes et tout le tralala habituel des tarés du bulbe qui ne réfléchissent qu'avec leur haine et un cerveau de la taille d'un pois chiche.

 

Les années passent et je m'approche tout doucement de l'ultime saut. Celui qui me fera quitter un monde pourri mais si beau à la fois. Parce qu'en fait c'est ça, c'est notre regard sur lui et sur les autres qui fait que nous allons bien ou non. Sur ce que nous faisons, de bien ou pas. Sur ce que nous jugeons utile, ou non. Sur ce qui nous arrive et la façon dont nous le gérons, l'instant où il arrive, il n'est pas toujours opportun ce petit grain de sable qui va coincer le mécanisme d'une vie sans problème et bien huilée.

 

Je vous aime, vous qui avez un cœur gros comme ça. Préservez-le, aimez de toutes vos forces, toujours, parce qu'il n'y a que ça de vrai. Et ne laissez personne vous dire que ce que vous faites est vain, même si vous vous dites parfois que c'est vrai. Ce n'est jamais inutile d'aimer, de travailler en y mettant tout son coeur. C'est tellement gratifiant de mettre de l'amour partout. Que ce soit dans une personne, sa femme, ses enfants, sa famille, ses amis, son chien ou sa plante verte. Ceux qui ne le mettent que dans leur métier n'ont peut-être pas tout ça. Mais c'est toujours de l'amour, et il vaut cher celui-là, on le paye même au prix de notre vie... c'est dire s'il est inestimable, et précieux.

Par Sam - Publié dans : Paroles de flic
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Jeudi 2 septembre 2010 4 02 /09 /Sep /2010 15:24

 

Nous n'avions pas la télévision quand j'étais petit. Mes parents refusaient de faire entrer le diable dans la maison, comme ils disaient. C'est qu'ils étaient croyants mes parents, ils le sont toujours d'ailleurs, étant fermement persuadés qu'il existe un être tout puissant ayant créé les cieux et la terre, et tout ce qui l'habite. J'ai donc été éduqué dans le respect de Dieu et l'amour de mon prochain. Cela peut prêter à sourire pour ceux qui sont athées ou agnostiques mais pour mes parents et moi, Dieu est une entité que nous nous apprêtons à rencontrer un de ces quatre, quand Il aura décidé que c'est le moment et que la plaisanterie a assez duré.

 

Je l'ai déjà dit. Je suis loin d'être un bigot ou une grenouille de bénitier. Quand j'avoue être croyant et que mon père est pasteur, beaucoup me regardent un peu de travers, me demandent de répéter ou rigolent croyant à une blague.

 

Hé oui, il a même sa petite troupe qu'il sermonne tous les dimanches à grands coups de versets de la Bible dans leurs tronches de pécheurs et croyez moi, ce n'est pas facile de diriger une assemblée de fidèles qui attendent de vous d'être réconfortés par un message qui parle de l'amour de Jésus dans un monde où celui-ci semble avoir foutu le camp depuis bien longtemps.

 

Dieu, là-haut, est pour moi quelqu'un de très mystérieux. D'ailleurs Il n'est pas que là-haut. Il se manifeste partout à qui veut bien ouvrir les yeux et remarquer ses interventions, que d'autres appellent le destin ou le hasard. Je n'aime pas le terme pratiquant. Prier n'est pas un sport. La seule chose que me demandait mon père (en fait il ne le demandait pas vraiment il l'imposait) c'était d'être à l'église tous les dimanches matins, ce n'était pas une option mais une obligation, ce depuis mon plus jeune âge.

 

C'est ainsi que gamin je jouais aux petits soldats, livrant mille batailles épiques à l'époque, dans l'église de mon père, juste derrière les rangées de fidèles, allongé sur la moquette, chuchotant pan pan, crash, argh et tuant des millions d'allemands en les écrasant avec mes chars ou les tapissant de bombes à coups de raids aériens. Une guerre miniature menée par un petit homme modèle réduit.

 

Pendant ce temps-là, mon père parlait d'amour et de paix du cœur sous les cris agonisants de ces malheureux combattants de plastique qui n'avaient rien demandé si ce n'est peut-être de mourir le plus vite possible pour ne pas souffrir. Il m'arrivait parfois de les faire crever un peu trop fort ce qui avait pour conséquence de me retrouver assis, l'oreille en feu, devant la chaire, en face de l'assistance m'écrasant du poids de son regard. Du haut de mes trois pommes, je faisais semblant de me foutre de cette humiliation. La trêve imposée par mon pasteur de père ne m'empêchait pas d'élaborer les plans machiavéliques de mes attaques futures, ma guerre était loin d'être terminée. Mon imagination était sans limite en matière de jeux martiaux. Il m'arrivait de voyager dans le temps, tuant des indiens déguisés en playmobils ou des gangsters faits de briques de Lego. Quant aux extraterrestres, ils ne venaient plus sur ma planète, las des branlées qu'ils prenaient.

 

Devenu adolescent et doté du pouvoir de raisonner, tout du moins de penser par moi-même, je me suis fait baptiser et continué mon chemin tout en persistant à croire qu'il y avait quelqu'un qui veillait sur moi, me guidant même au travers de mes choix de vie. Adulte, j'ai pourtant tourné le dos à cette éducation religieuse en n'allant plus à l'église, car l'obligation et le souvenir de la corvée que c'était m'ont pas mal vacciné de côtoyer ces lieux où se mêlent parfois saintes nitouches et bigots hypocrites, priant haut et fort en vantant leur exploits saints et se conduisant comme les pires philistins une fois sortis de l'assemblée.

 

Mais je n'oublie pas les valeurs que m'ont appris mes parents. A savoir j'aime mon prochain, en ayant quand même une préférence pour ma prochaine. Je n'aime pas mentir et pourtant il m'arrive de le faire, tout comme je n'aime pas la violence et je suis CRS. Cela dit, un CRS n'est pas violent, il donne juste des explications physiques aux interrogations que se font certaines personnes, par exemple que se passe-t-il si j'essaie d'arracher son bouclier à un CRS alors qu'il est en barrage ? Réponse : je prends un coup de tonfa sur les doigts...

 

Il y a une chose que j'aime, dans la Bible, c'est le message qu'elle délivre et le côté positif de devoir tirer de chaque chose un enseignement. Certains préceptes nous expliquant comment faire de sa vie une réussite, lui donner une utilité et un sens.

 

Mes parents m'ont appris à être indulgent et à l'écoute des autres tout comme ils m'ont enseigné ce qui fait la valeur d'un homme, à savoir son honnêteté et sa bonté de cœur. Ne pas vivre pour soi mais au service des autres. Donner sans rien attendre en retour. Ne jamais refuser une main tendue. Ne pas faire aux autres ce qu'on n'aimerait pas qu'on nous fasse. Aimer ses ennemis.

 

Difficile pour moi d'aimer le type qui vient de me balancer un pavé venant rebondir sur mon bouclier. Je ne le considère pas vraiment comme un ennemi mais je ne vais pas l'inviter à danser un slow non plus si je l'attrape. Je vais plutôt l'envoyer valser. Cruel dilemme. En faisant ce métier je suis parfois en contradiction avec mon éducation mais également avec mes propres convictions, car je hais la violence, sous toutes ses formes. "Une réponse douce calme la fureur mais une parole dure excite la colère" disait un roi à la sagesse légendaire.

 

Certaines violences aujourd'hui ne peuvent se contenir que par l'emploi de la force. De plus en plus agressifs, ceux d'en face ne sont régis par aucune règle. Celles de notre institution nous interdisent d'appliquer la loi du Talion. Ainsi, les pavés envoyés nous tombent dessus sans retour à l'envoyeur.

 

Dans mon métier, une situation calme peut dégénérer en quelques secondes, et pas seulement en maintien de l'ordre. J'aime l'attente et les regards qui s'échangent, lorsque, à quelques pas de moi, des manifestants scandent leurs slogans. Ils s'adressent souvent à nous. Nous demandent de rallier leur cause. Fustigeant le gouvernement de ne leur répondre qu'avec des maux bleus.

 

Nous ne sommes pas là pour panser leurs blessures sociales, encore moins pour leur en infliger d'autres. Nous sommes un outil. Dont on use au besoin et qu'on range une fois la tâche accomplie. Des pions noirs sur un échiquier. Des soldats de plastique.

 

Je ne me mets jamais au dessus d'un manifestant. Ne méprise jamais sa cause. Il est là, moi aussi. Juste devant lui. J'attends... qu'il parte... ou qu'il s'avance...

 

Par Sam - Publié dans : Paroles de flic
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 1 septembre 2010 3 01 /09 /Sep /2010 22:47

 

 

Certaines missions en CRS sont d'un ennui mortel. Celle que je viens de terminer consiste à surveiller des bâtiments sensibles. Soit nous restons devant, nous assurant que personne ne se gare dans le périmètre de sécurité, soit nous faisons des passages réguliers en véhicule de manière à vérifier que tout se passe bien, qu'aucune inscription insultante n'a été faite ou qu'aucun objet suspect ne traîne à proximité.

 

Nous avons donc tout loisir de penser à tout un tas de choses lorsque défilent les kilomètres nous menant d'un édifice à un autre. Plantés devant une porte ou déambulant sur un trottoir, notre esprit s'envole souvent vers des horizons lointains où il fait meilleur et où l'on ne s'ennuie pas. Rêves d'hiver quand il fait chaud, rêves de plages quand il fait froid...

 

Je me souvenais cet après-midi là que c'était une femme qui m'avait fait quitter la plus belle ville du monde et qui m'avait amené jusques sur ce trottoir. Une femme rencontrée quelques années auparavant ayant suffisamment de crédit à mes yeux et dans mon cœur pour me faire quitter le confort douillet d'un petit studio situé non loin de la Maison de la Radio. Mon boulot de flic de bureau ne me fatiguait pas trop, ne me passionnait pas plus que ça mais me laissait pas mal de temps de libre. Raison suffisante pour y rester.

 

Rassemblant mes 12 ans de vie parisienne dans quelques cartons, je décidais de quitter cette petite vie tranquille. Le plus difficile était de laisser mes amis et surtout une fort jolie brune chère à mon cœur, amie fidèle et complice de moments qui n'appartiennent qu'à moi et que je garderai en mémoire jusqu'à ce que je déménage une ultime fois pour ma demeure éternelle. Je quittais également à regret mes propriétaires et leur fils, ma deuxième famille.

 

Pour rejoindre ma belle, je choisissais d'intégrer les CRS, dont le cantonnement était proche de son domicile. En premier lieu parce que j'avais toujours eu envie d'en faire partie et ayant fait mes premiers pas de bébé flic en compagnie d'intervention, j'avais pris goût à la tenue qui est la même pour ces deux unités, à quelques écussons près. Ensuite, après avoir passé plusieurs années dans un bureau où le seul danger était de se planter une agrafe dans la main, je voulais retrouver la voie publique et le contact avec les gens sur qui un gardien de la paix est sensé veiller. Je n'avais pas choisi ce métier pour rester enfermé entre quatre murs et j'enviais souvent mes collègues du commissariat, que j'entendais partir sirènes hurlantes et pied au plancher cinq étages plus bas.

 

Un an plus tard, je redevenais célibataire en plein mois de décembre, à quelques jours du nouvel an. Un collègue m'avait téléphoné pour prendre de mes nouvelles et m'invitait même à passer le réveillon avec sa femme et ses amis. J'ai refusé en le remerciant, préférant me retrouver seul après un retour de déplacement fatiguant de 850 kilomètres. Et surtout, j'avais envie de ne voir personne. Je me souviens de ce réveillon solitaire. Je l'ai passé à cuisiner une bonne partie de la soirée, dévorant le fruit de mes efforts comme si c'était le dernier repas que je prenais. D'un naturel optimiste et m'efforçant de ne pas trop m'apitoyer sur mon sort, je me suis dit que c'était la vie et qu'elle continuait malgré tout. La compagne du CRS épouse la profession et les nombreuses absences sont lourdes à supporter. Des semaines, parfois des mois sans se voir suffisent à avoir raison d'une relation, même solide, s'effritant petit à petit pour finir par s'écrouler complètement. Nous avions essayé, et échoué, c'était ainsi.

 

Le cœur s'essouffle mais il est toujours prêt à aimer, quand on veut bien le laisser faire. Quand on ne met pas trop de barrières. Mais il devient méfiant. Il n'ose plus battre trop vite, de peur de se faire mal à nouveau. A force qu'on me le rende meurtri, le mien s'est entouré de piques et de barbelés. A force de batailles perdues, les défenses se sont renforcées et des murs se sont dressés les uns derrières les autres. Quelques pauvres âmes esseulées se sont blessées à vouloir les franchir.

 

J'ai même ajouté un dragon, consumant d'un souffle celles qui tentent de s'approcher. Gardien de la forteresse, barrière presqu'infranchissable pour intrépides en mal d'aventure. Son point faible : le même que le mien...

 

Je pensais à tout ça sur le trottoir, protégeant un bâtiment vide. Une armure de six kilos sur le dos. La jolie damoiselle croisée sur mon chemin de ronde et le sourire qu'elle m'a lancé n'ont pas suffi à faire bouger d'un pouce les défenses érigées mais ont sonné l'alerte d'un éventuel assaut. La menace s'est éloignée. J'aurais pourtant aimé qu'elle essaye... juste pour voir...

 

 

Par Sam - Publié dans : Paroles de flic
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Dimanche 15 août 2010 7 15 /08 /Août /2010 18:29

 

 

Je vous ai déjà dit, pour ceux qui suivent mes extraordinaires aventures (je ne parle pas de celles de Samy le petit tortu marin), que j'étais fan de cinéma et de séries télévisées. Ou si je ne l'ai pas dit je l'ai fortement fait comprendre. Tout ça pour vous informer que j'ai la flemme d'aller relire mes anciens articles pour vérifier, en plus c'est dimanche.

 

Pour m'éviter les foudres d'une professeur de français qui a gagné le dernier concours de "trouvez la faute d'orthographe et vous gagnez un apéro", Samy étant un mâle j'ai utilisé le masculin pour le pronom, l'adjectif et enlevé les deux "e" qui m'ont du coup paru superflus. D'ailleurs, dit-on une professeur de français ou un professeur de français quand on parle d'une femme ayant fait des lettres son cheval de bataille ? Certains d'entre vous diront qu'on doit dire un professeur de français tandis que certaines vous affirmeront le contraire, d'autres vous glisseront qu'on peut dire les deux. La majeure partie de ceux qui restent ne diront rien pour la simple et bonne raison qu'ils s'en foutent, sans oublier ceux qui pensent que l'orthographe est une chose mystérieuse et obsolète, surtout depuis l'apparition du "short message service", le fameux SMS ou texto.

 

Dans la Police, on dit Monsieur le Commissaire et Madame la Commissaire. Si vous avez un doute, faites comme moi, dites patron pour le premier (ou Monsieur le Directeur) et Madame tout court pour la deuxième. Mais là n'est pas mon propos, je m'égare ! Il paraît que c'est un des défauts du Lion d'être perfectionniste alors je m'assure que vous comprenez bien tout ce que je vous raconte. Et si vous mettez deux Lions ensemble c'est pire, et c'est avec encore plus d'explications interminables que s'égarent deux Lions comme on dit à la SNCF.

 

Il est un fait amusant et facilement observable, la Police n'est pas très appréciée en France et pourtant c'est le genre policier qui est le plus représenté au grand comme au petit écran. Nous, flics très malins passés experts dans l'infiltration en tout genre, avons nos taupes et sous-marins implantés dans le milieu du cinéma, comme dans celui de la littérature d'ailleurs. C'est ainsi que vous pouvez trouver des œuvres cinématographiques d'un ancien flic de la PJ ainsi que plusieurs ouvrages écrits par des policiers, encore en activité ou non.

 

Si bon nombre de nos collègues ne se reconnaissent pas dans l'image du flic dépeinte dans les films de Marchal, où le policier est davantage représenté en truand qu'en gardien de la paix, c'est surtout parce qu'on vous racontera plus aisément l'histoire d'un officier de PJ qui traite d'affaires de banditisme plutôt que celle d'un flic moyen, pourtant majoritaire en nombre, bossant en commissariat et traitant d'affaires plus courantes comme des différends familiaux, des accidents ou des vols de sacs à main, pour faire dans le cliché.

 

Cependant, à la décharge du réalisateur, je peux vous assurer que, flic ou pas, vous ne regarderiez pas de la même façon un homme du RAID et le type chargé de l'accueil au commissariat du coin. Et pourtant : l'un et l'autre sont sûrement d'excellents professionnels.

 

Je rêve d'une série ou d'un film qui traite de la vie quotidienne d'un gardien de la paix de Commissariat. Je rêve d'une affiche de cinéma placardée dans les rues et dans le métro où l'on voit deux flics en uniforme de service général et où, dans le scénario ils ne sont pas cantonnés à servir de faire valoir ou de bonne au superflic de la BRB ou des stups, ne servant qu'à garder les poubelles ou à les sortir, je veux parler de certains de ces déchets qui traînent en geôle et que la société a du mal à recycler.

 

Je vois déjà bondir les fervents défenseurs des droits de l'homme ou les humanistes de tous poils voler au secours de nos "clients", et nous accuser de traiter les délinquants, toxicos ou assassins en moins que rien, voire en nuisibles.

 

Si certains le sont, d'autres ne sont que tombés dans une spirale les ayant amenés jusques dans nos bras, pour finir dans ceux de la justice. La Police et la Justice étant bien loin de travailler main dans la main, ce sont bien souvent des incompréhensions de part et d'autre et bon nombre de mes collègues, moi le premier, pensent que les institutions judiciaires ne font pas bien leur travail tandis que ces dernières pensent que nous ne savons pas faire le nôtre.

 

Il ne faut pourtant pas généraliser, bon nombre de cas démontrent la réponse adéquate de la Justice et c'est une erreur que de taper systématiquement sur ses décisions comme c'est une connerie que de penser que tous les flics de France sont des supers-flics.

 

Pour en revenir au sujet, l'image du policier et la différence entre le véritable flic et celui que l'on dépeint au cinéma et à la télévision, je dirais que je ne me retrouve en eux qu'en de rares occasions. En fait je me suis reconnu souvent dans certains extraits de films mais jamais dans la mouture complète de ces derniers.

 

La raison invoquée quand on se pose la question de savoir pourquoi le gardien de la paix en uniforme est si peu ou mal représenté reste souvent que son boulot est loin d'être vraiment passionnant, pour le public tout du moins. Et pourtant ! Je pourrais vous raconter des histoires bouleversantes d'humanité, des tranches de vie professionnelle démontrant que le policier peut aussi faire preuve de bon sens, n'agissant pas toujours comme un Judge Dredd faisant appliquer les lois à la lettre.

 

Vous allez encore dire que nous sommes toujours en train de nous plaindre de la même chose, que si on ne nous aime pas c'est de notre faute, et que l'image que la population a de sa police est celle que nous en faisons. Vous n'avez pas entièrement tort. Par contre si vous croyez que nous n'avons pas honte de ceux qui salissent notre métier, alors vous avez tout faux. Car bien sûr il y a les brebis galeuses qui, par leurs agissements ou leurs non-agissements d'ailleurs, ne font pas honneur à l'uniforme qu'elles portent. Des cons il y en a partout, et si vous croyez aussi que nous faisons n'importe quoi et que la hiérarchie nous laisse faire, vous êtes bien ignorants. Car des sanctions tombent tous les jours dans nos rangs et notre travail est surveillé de très près par des services spécialisés, experts en remontrances et rappelant à l'ordre ceux qui s'écartent du droit chemin. Je ne parle pas exclusivement de l'IGS mais aussi du SITED qui, je crois, s'appelle l'UPID maintenant.  

 

Chacun est responsable de ses actes, à la différence que beaucoup ne les assument pas. Et ce qui est malheureux c'est que je ne peux pas tout dire, au risque de me voir rappelé à l'ordre par mes supérieurs hiérarchiques, mettant sous mon nez bouffi et rougi par l'alcool les règles déontologiques sous couvert desquelles je ne peux faire et dire n'importe quoi. Si le cœur vous en dit vous pouvez toujours aller faire un tour ici, pour voir de quoi il retourne, en lisant bien l'article 11. J'aime beaucoup l'article 7. C'est le genre d'article qui devrait être appliqué par tous, pas seulement les flics. Surtout quand on voit que beaucoup de ceux qui nous parlent de droit oublient bien souvent qu'ils ont également des devoirs.

 

N'oublions pas quand même qu'il n'y a pas que les flics qui font des films sur les flics. Le génial L 627 de Bertrand Tavernier est un chef-d'œuvre de justesse et de réalité. Pinot simple flic, sous ses airs de se foutre de notre gueule est le film préféré de mes collègues, reconnaissant dans certaines scènes des expériences qu'ils ont vécues. D'ailleurs, c'est l'un des rares qui traite de la tenue et la vareuse de Jugnot doit rappeler bien des souvenirs aux anciens qui l'ont portée. Mais depuis ce film, on n'a plus rien vu valant la peine que l'on s'arrête dessus ni même que l'on en parle.

 

Je ne pense pas que nous verrons un jour un film traitant des CRS ou du commissariat du 14ème arrondissement de Paris, d'un commissariat de banlieue comme de celui d'une petite ville calme. En plus, le cinéma français souffre d'un manque cruel de scénaristes inspirés et désireux d'écrire une histoire réaliste. Certains réalisateurs semblent plus préoccupés par l'argent qu'ils vont gagner plutôt que par le message qu'ils font passer au travers de leur bébé. Résultat nous voyons des scénarios bâclés et bourrés de violence, incohérents, où le flic est toujours un alcoolique qui tire sur tout ce qui bouge, justicier à ses heures perdues. C'est bien plus intéressant de montrer une police violente et désabusée plutôt qu'une police qui essaie tout simplement de faire son travail du mieux qu'elle peut, dans le respect de l'essence même de sa vocation, à savoir servir la France, les Français, et assurer la protection de tous, qu'ils soient nés ici, ou ailleurs... Ceux qui n'ont pas cet état d'esprit n'ont rien à faire dans la Police. En clair, cassez-vous pauv'cons !

 

 

Par Sam - Publié dans : Paroles de flic
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Derniers Commentaires

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés